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Accueil / Le Châtelet d'hier et d'aujourd'hui/ La rue du 26 août 1944 >>
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Modifiée le 18/02/2015

Le Châtelet-en-Brie d’Hier et d’Aujourd’hui

 Rue du 26 août 1944: départementale n° 605

 

Nous avons pris l’engagement, il y a 2 ans de vous conter épisodiquement «Le Châtelet-en-Brie d’Hier et d’Aujourd’hui».

Chose promise chose, chose due. Voici le troisième volet de cette rubrique.

Avant 1760, Le Châtelet était traversé par une voie de communication antique, datant des gaulois et des romains, appelée «chemin du Roy». Venant de Melun elle passait par les tertres de Vaux, Mimouche, Berceau, Bois Louis, pour aboutir devant le château des Dames ; cette route royale devait se poursuivre par la place du Pilori et par la chapelle Sainte-Reine, pour se diriger ensuite vers la croix de Balle puis, en direction de l’Ecluse, Pamfou et Montereau.

Le Châtelet vécut comme une aubaine la création, dans les années 1770, de la route de Paris à Gex et Genève.

 

 

Plan de la traversée du Châtelet-en-Brie 1772
(Archives départementales)

 

Cette route qui fut érigée en route de poste le 1er février 1792 apporta de grands bouleversements dans le village, comme le montre le plan de 1772, dressé par Jean-Rodolphe Perronet, architecte, qui notait en marge de ce plan: «Les alignements et élargissements de cette traversée ont été approuvés à l’assemblée des Ponts et Chaussées ce 23 may 1769 et l’exécution en a été ordonnée par monsieur TRUDAINE pour le temps auquel les propriétaires, demanderont les alignements pour construire leurs maisons ou mur de clôture, exceptées les maisons qui sont comprises dans le redressement de l’entrée et de la sortie du village lesquelles doivent être démolies et payées sur les fonds des Ponts et Chaussées».

On peut noter qu’à l’époque, le carrefour n’existait évidemment pas et la rue principale était celle qui allait des Ecrennes à Fontaine-le-Port. Il fallut démolir un nombre important de bâtiments pour percer cette voie.

En effet, des hangars, des écuries, des granges appelées «les fermes de Melun», par exemple, furent supprimés pour les besoins de la cause.

Ces travaux durèrent jusqu’à la fin des années 1780. Pour preuve l’alignement de l’auberge du Dauphin, appartenant au sieur François L’hoste, ne fut effectué qu’en 1788.

Cette auberge deviendra au cours du XIXe siècle, l’auberge du «Coin Musard», puis fut transformée en quincaillerie par la suite. Aujourd’hui, c’est le restaurant «le Châtelain» qui occupe cet emplacement.


(Collection SHCB)

Depuis le XVIIIe siècle, cette route connut plusieurs identités.

En effet, qu’on l’appelle, «Route de Bourgogne, Route Impériale n° 5, comme en 1772, «Grande Route de Paris à Montereau par Melun» en 1785, «Route Royale n° 5 de Gex à Genève» en 1845 ou «Route Nationale n° 105 de Paris à Genève et en Italie par le Simplon» en 1937, il s’agit bien de celle que nous appelons aujourd’hui, la «Route Départementale n° 605» qui traverse Le Châtelet.

Comme nous allons l’illustrer à présent, la partie de cette route qui se trouve dans le village, la rue du 26 août 1944, connut bien des changements depuis le XIXe siècle.

C’est ainsi, qu’en rentrant dans le Châtelet en venant de Montereau, on peut constater que cette voie bordée d’arbres est quasiment déserte.

La chapelle Sainte-Reine se perd dans une verdure abondante.

En ce qui semble être, un après-midi de début d’automne ensoleillé, deux femmes flânent sur la route non bitumée, sans grand danger d’être perturbées par des véhicules à moteur ou hippomobiles.

Cette ambiance bucolique, contraste avec la vue récente, où feux tricolores, passages protégés, ralentisseurs, voitures, s’octroient le monopole de la chaussée. Les arbres bordant la chaussée ont presque tous disparu.

En remontant vers le carrefour du Puits de l’Échelle, cette deuxième vue, présente le même tronçon de la «Route de Montereau, Nationale n° 5, mais dans le sens Melun Montereau.

C’est Henri Melun, aubergiste, qui reçoit, même avec provisions. Pourrions-nous, de nos jours, envisager une telle situation? On peut en douter.


(Collection SHCB)

Notons que notre restaurateur y sert une cuisine bourgeoise. Une grande salle est à la disposition des sociétés, des danseurs et pour y organiser des noces.

On remarquera par ailleurs, que le téléphone est installé au Châtelet puisque monsieur et madame Melun en possèdent un. Ce n’est pas le 22 à Asnières, mais le 19 au Châtelet-en-Brie.

Nous sommes au début du XXe siècle. Les clients, uniquement des hommes, sont attablés pour se détendre un peu après une journée de labeur. C’est manifestement, l’heure de l’apéritif.

On remarquera des personnes en tenue de travail et quelques clients, mieux vêtus.

Une dame et une enfant se tiennent debout sur le pas de la porte. Ce sont sans doute l’épouse et la fille de M. Henri Melun, sorties pour prendre la pose.

Le trottoir sert de terrasse. C’était une chose coutumière à cette époque.

Pour l’anecdote, on se remémorera qu’en 1985, l’USC «judo» convia à déjeuner dans cette auberge, une équipe de Tchécoslovaquie venue participer à un tournoi de judo à Lagny. Ce fut un bon souvenir pour la plupart de nos judokas.

Signalons enfin, que les clients du jour sont sur le point de voir passer le véhicule motorisé que l’on aperçoit sur la route. Cela était, sans doute encore, une curiosité à cette époque, car les voitures étaient encore assez rares au début du XXe siècle.

Cette auberge qui connut plusieurs propriétaires, ferma ses portes dans les années 1990 pour laisser la place à des habitations privées.

Aujourd’hui, au regard de la circulation que les châtelains subissent quotidiennement, on aimerait bien un bref retour dans le passé proche, il y a cent ans, pour retrouver un peu de calme et de sérénité.

En effet, le conseil municipal éprouva la nécessité le 11 octobre 2010, d’approuver le principe d’un nouveau contrat triennal en partenariat avec le conseil général afin de réaliser des aménagements de la route dans la traversée de l’agglomération dans le but d’améliorer la sécurité.

Le 5 avril 2011, le conseil approuvera la réalisation d’un carrefour giratoire nécessaire pour la réalisation de l’extension de la zone d’activité.


(Collection SHCB)

En face de l’auberge Henri Melun se trouvait une charcuterie.

Le charcutier qui pose, sur le cliché ci-contre, avec ses employés n’est autre que Georges Legrand qui assura le service durant des décennies. Les 2 vendeuses dont l’identité nous est inconnue, posent sagement aux côtés de leur patron. Elles arborent un chignon impeccable et un tablier fraîchement empesé.

Quant au commis, il a peut-être dû effectuer une livraison à l’extérieur du village avec son vélo.

On devine à travers les carreaux de la vitrine ces denrées préparées avec soin.

Georges Legrand était une figure bien connue des châtelains, car il fut le deuxième président de l’association «Le Lendemain», durant toute la période de l’entre-deux-guerres, de 1920 à 1939.

C’est monsieur Desfonds qui reprit l’affaire quelques années plus tard.

Sa célèbre andouillette était drôlement appréciée; même les gens de passage la connaissaient bien.

En effet, le dimanche matin notamment, la charcuterie ne désemplissait pas, car les personnes qui venaient en famille pour le week-end, ne rataient pas l’occasion de déguster ce fameux produit de qualité. Aujourd’hui, cette charcuterie a disparu, comme toutes les nombreuses boutiques de cette rue d’ailleurs. C’est une habitation privée qui l’a remplacée.

En avançant encore un peu en direction de Melun, nous voici arrivés au carrefour de la place du Puits de l’Echelle, croisement de la D 605 et de la route reliant les Ecrennes à Fontaine-le-Port.

Ce cliché date d’avant 1910. Tous les gens du quartier sont sortis, piqués de curiosité par l’attrait que représentait encore la venue du photographe.

Les châtelains ne sont pas endimanchés comme on le constate fréquemment lors d’une prise de photos.

On peut y voir le boucher et la bouchère sur le seuil de leur commerce.

Ce sont sans doute, monsieur et madame Lemoine qui eurent pignon sur rue de 1882 à 1911 environ.

Par la suite, cette boucherie fut, entre autre, la propriété de la famille Bonnet durant près de 60 ans. Les parents de notre compatriote Jean-Claude l’avaient acquise en 1932.

Ils possédaient rue Rambouillot un abattoir pour y tuer les moutons destinés à la vente.

Les veaux et les bovins étaient, quant à eux, abattus rue de la Coudre où se trouvait un abattoir plus conséquent.


(Collection SHCB)

Le dernier des «Bonnet» à tenir cette boutique fut Jean-Claude jusqu’en 1994. S’iI garde de nombreux souvenirs de cette époque, il en est un qui, à n’en pas douter, est resté dans toutes les mémoires, et certainement dans la sienne.

En effet, comme on peut le voir sur le cliché récent, la boucherie a été déplacée, l’entrée se trouve rue Rambouillot. Cette bâtisse a fait l’objet d’une reconstruction complète et pour cause!

Suite à un accident de la route dramatique, un camion vint terminer sa course dans la boucherie, la détruisant complètement et blessant grièvement Jean-Claude, mais fort heureusement, il s’en sortit plutôt bien, car il est encore parmi nous.

On notera par ailleurs, d’autres artisans en tablier de cuir ou de toile qui ont quitté eux aussi leur atelier pour venir à la rencontre du photographe. Il s’agit peut-être du cordonnier ou de l’horloger qui tenaient échoppe place du Puits de l’Échelle, à cette époque.

Tout au fond, sur la route nationale, des poules picorent tranquillement. Eh oui! Autres temps autres mœurs.

Ce carrefour qui était naturellement dépourvu de panneaux indicateurs et de toute signalisation au début du XXe siècle, est devenu un secteur où la plus grande prudence est de mise.

La fontaine du Puits de L’Echelle se trouvait beaucoup plus en retrait qu’aujourd’hui.

On aperçoit à l’extrême gauche de la photo, la boulangerie, communément appelée «aux marches», qui est installée là depuis bien longtemps et qui existe encore de nos jours malgré les multiples changements de propriétaires.

On peut voir à droite de la photo, un réverbère à pétrole qui éclairait la nationale au début du siècle dernier. Il en existait plusieurs dans toutes les rues du Châtelet, avant l’arrivée de l’électricité.

C’est en 1880 que l’entreprise parisienne Clerc fut choisie pour installer 25 réverbères afin d’éclairer nos rues et de les entretenir durant 10 ans. Ce contrat fut renégocié en 1890.

Un employé, tel l’allumeur de réverbères du Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry, venait les allumer à la tombée de la nuit et les éteindre au petit matin.

Un témoin de cette époque, nous contait un jour que, quotidiennement: «il voyait passer cet homme qui remplissait les lampes et les nettoyait. Dans les maisons on s’éclairait aussi au pétrole…».

Puis, en 1909, l’éclairage électrique est arrivé au Châtelet. On en voit la preuve sur le toit au dessus de la boucherie. Une usine électrique fut installée en 1910. Mais on attendra quelques années avant de voir l’électricité éclairer toutes les chaumières châtelaines.

Comme nous venons de le voir, cette rue du 26 août 1944 connut de grands bouleversements, depuis plusieurs siècles et surtout au cours du XXe, mais nous n’avons pas encore dévoilé tous ses secrets et cela fera peut-être l’objet d’un autre article.


Place du Puits de l’Echelle.
(Collection SHCB)

La place du Puits de l’Échelle bien avant la Révolution et jusqu’en 1789 fut aussi appelée place du Pilori car, comme on a pu le conter ailleurs, les Dames de Poissy, seigneurs du Châtelet, avaient le pouvoir de haute, moyenne et basse justice.

Les condamnés pouvaient être installés là, au vu et au su de tous les châtelains pendant une journée voire davantage.

Au cours du XIXe et du XXe siècle, de nombreux commerces se sont succédés, en lieux et places de la cordonnerie et de l’horlogerie que l’on aperçoit sur l’ancien cliché ci-contre.

On notera aussi que la «réclame» est déjà en vigueur au début du siècle dernier. Celle de Singer par exemple, est peinte sur le mur, comme s’était souvent le cas à cette époque.

La fontaine, telle les colonnes Morris, est recouverte de publicités et d’informations en tous genres.

Aujourd’hui, la place a fait peau neuve. Les façades ont été rénovées, mais on notera que le colombage que l’on voit au dessus de l’horlogerie, existe encore actuellement.

Cette place du Puits de l’Echelle, vaudrait à elle seule une publication spécifique, mais cela est autre histoire.

 

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