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Accueil / Le Châtelet d'hier et d'aujourd'hui/ La rue du 26 août 1944 2ème partie >>
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Modifiée le 20/05/2015

Le Châtelet-en-Brie d’Hier et d’Aujourd’hui

Rue du 26 Août 1944 : départementale n°605 (2ème partie)

 

Un précédent article de la rubrique « Le Châtelet-en-Brie d'Hier et d'Aujourd'hui », évoquait déjà la rue du 26 Août 1944 (portion allant de l'entrée du Châtelet côté Montereau jusqu'à la place du Puits de l'Echelle. (VAV 124 juin 2014).

Nous poursuivons aujourd'hui notre déambulation dans cette rue, en partant du croisement avec la rue de l'église jusqu'à la gendarmerie en allant en direction de Melun bien évidemment.

Nous ne reviendrons pas sur les diverses dénominations de cette rue.

Rappelons simplement, qu'elle fut percée dans les années 1770, lorsqu'on décida d'ériger cette voie en route de poste.

Le 26 août 1944, jour de la libération du Châtelet-en-Brie par les forces alliées fera l'objet d'une commémoration toute particulière fin août/début septembre 2015. Célébration dont nous vous parlerons ultérieurement.

Le premier cliché ci-dessous qui est antérieur à 1914 au regard des tenues féminines, nous donne une vue générale de la rue du 26 Août 1944, depuis la poste actuelle en allant vers la gendarmerie.

On remarquera tout au fond en arrière-plan, à la sortie du village, la route bordée d'arbres de chaque côté. Ces arbres s'il en reste encore quelques-uns sur la partie gauche de la chaussée aujourd'hui ont pour la plupart disparus ou ont été remplacés par des arbres plus petits.

Les trottoirs étaient pavés et la route qui n'était pas encore bitumée accueillait depuis quelques années les premiers véhicules motorisés.

Néanmoins la circulation y était peu importante. Cela permettait aux gens de circuler librement sur la chaussée et même de poser tranquillement sans être importunés.

On voit deux dames endimanchées. S'agit-il de sœurs partant pour la messe ou se rendant à une fête ? A moins qu'elles ne se soient ainsi vêtues, simplement pour accueillir le photographe P.D. Chrétien venu de Melun.


(Collection SHCB)

Nombreuses sont les personnes qui sont sorties pour être immortalisées sur la pellicule.

On remarquera au premier plan à droite, la boutique Caïfa où l'on vend du café. Le propriétaire se tient sur le pas de la porte. Il a tenu cette boutique avec son épouse durant l'entre deux guerres et jusque dans les années 50.

Les échoppes, ateliers et établissements divers ne manquaient pas dans cette rue.

C'est ainsi que juste à côté de l'établissement Caïfa, se trouvaient deux autres boutiques.

Monsieur Aubert avait ouvert une cordonnerie avant la 1ère guerre mondiale et madame Aubert la transforma en magasin de chaussures. Madame Yvonne Burel, leur fille, en prit la succession et cette dame cumulant les emplois, travaillait à la Cooper à Melun dans la journée et ouvrait sa boutique le soir ou dès qu'elle avait un congé.

L'établissement suivant était celui d'un tailleur qui avait la particularité de coudre ses vêtements en s'asseyant sur sa table de travail. C'était une pratique courante autrefois ; elle consistait à croiser les jambes repliées sous soi. D'où l'origine de l'expression « être assis en tailleur ».

Sur le trottoir d'en face, jouxtant le bureau de poste actuel, était située la perception avant qu'elle ne déménage route de Fontaine-le-Port dans les années 70 ?

Durant toute la première moitié du XXe siècle, se dressait en lieu et place de la poste, une scierie dont les propriétaires furent successivement M. Granger et M. Brun qui fut maire du village durant plusieurs décennies, président du Conseil général et Sénateur.

La dernière maison tout au bout de la rue, sur le trottoir de gauche a longtemps été habitée par la famille Roger qui exploita la ferme du château des Dames entre les deux guerres et jusque dans les années 50. On y vendait des œufs et du lait.

Le personnage, sur le trottoir à droite, au dernier plan qui se tient sur le seuil de son atelier appartient sans aucun doute à la famille Renard dont nous allons parler à présent avec la photo ci-dessous.

La sellerie, bourrellerie Renard a été fondée dans le courant du XIXe siècle par le grand-père de Marcel Renard vers 1860.

Marcel, que nous avons bien connu et dont nous avons raconté une partie de son histoire dans un article du VAV 124 de juin 2014 « hommage à nos soldats » histoire d'un poilu de la guerre 14-18, est né en avril 1897. Dès l'âge de 14 ans il fit son apprentissage avec son père dans cet atelier. Le travail qui ne manquait pas, consistait en la fabrication du harnachement des chevaux de trait. Dans Le Châtelet et les environs, il y avait au début du XXe siècle, jusqu'à 300 chevaux à équiper et à entretenir. A son retour de guerre après 1919, il travailla avec son père dans cet atelier, puis en prit la succession et exerça son métier jusqu'à l'âge de 90 ans !

Sur ce cliché qui date de 1908, se sont des membres de sa famille qui se prêtent au regard du photographe.

Au deuxième rang debout, on voit, notamment, les parents de Marcel.

Au premier rang à droite, on aperçoit Marcel qui a 9 ans, assis à côté de ce monsieur arborant une belle barbe blanche ; il s'agit de son grand-père maternel, Alexandre Delaval.

On notera par ailleurs, ainsi que l'atteste une enseigne supplémentaire sur le fronton de la boutique, que la bourrellerie Renard tenait lieu de dépôt d'engrais fabriqués par l'usine Devaux de Melun.

A noter pour la petite histoire que l'échoppe de monsieur Renard se situait en face du domicile de monsieur Brisedou. Ils avaient pour habitude, tous les ans, de faire flotter à leurs fenêtres de beaux drapeaux tricolores, afin de célébrer à leur manière le 26 août 1944, jour de la libération du Châtelet-en-Brie par les troupes alliées.


(Collection SHCB)

En remontant, jusqu'à l'angle de la rue des Grands Jardins, on a pu voir jusque dans les années 1990 cette grande entrée dont la porte était un peu en biais par rapport à la rue du 26 Août.


(Collection SHCB)

Mais à quoi correspondait-elle ?

C'est par là, que durant près de 60 ans rentraient et sortaient les diligences qui s'arrêtaient au relais de la poste aux chevaux du Châtelet, afin de déposer le courrier, mais aussi de changer de montures pour pouvoir poursuivre la route vers Montereau ou Melun (ce thème a été développé dans un article sur la poste (voir notre site internet, www.shcb77).

Rappelons toutefois, que ce relais avait été créé dans les années 1790 après avoir percé la route de Paris à Gex et l'avoir érigée en route de poste.

Le Châtelet avait alors connu un essor important et nombre de commerces et d'activités en lien avec le voyage et les transports avaient vu le jour.

Notons par exemple, l'augmentation significative d'auberges et d'hôtels dans le village.

Le fonctionnement du relais lui-même réclamait beaucoup de main-d'œuvre, tant pour soigner les chevaux, il y en eut jusqu'à 30 qui séjournaient régulièrement là, ainsi que des postillons pour conduire les diligences, des bourreliers ou des selliers.

Les chevaux attelés rentraient par cette porte quand ils arrivaient de Montereau, s'arrêtaient dans une grande cour intérieure, puis continuaient leur route vers Melun en sortant par un portail qui se situait au niveau de la gendarmerie. L'entrée se faisait par cette dernière issue pour les véhicules venant de Melun.

Vous remarquerez à chaque angle de cette porte, ces 2 grosses pierres où sont juchés les 2 enfants. Ce sont des chasse-roues que l'on appelle aussi bouteroues ; ils avaient l'utilité de faciliter le passage des chariots ou des charrettes dans l'entrée de la ferme, mais aussi des carrosses ou des cabriolets.

Ce relais de poste fut supprimé au début des années 1850 avec l'arrivée du chemin de fer que l'on choisit alors de faire malheureusement passer par Bois-le-Roi et non par Le Châtelet.

Ce relais eut d'autres fonctions à partir de la fin du XIXe siècle, début du XXe. Il fut remplacé par une scierie dont les propriétaires furent monsieur et madame Noyau. Dans les années 90, cet établissement fut, durant 2 ou 3 ans, restaurant marocain, juste le temps de supprimer cette grande porte. Aujourd'hui ce sont des logements qui ont été aménagés.

Pour l'anecdote, qui sont les 2 enfants devant cette porte ?

Ce sont les deux frères de notre compatriote de la SHCB, Jean-Jacques Brisedou.

Dirigeons nous vers le n°3 de la rue du 26 Août.

A qui a appartenu cette belle demeure ?

Cette bâtisse, aujourd'hui, acquise par l'OPHLM77 a été transformée en logements.

Mais des médecins l'ont occupée tout au long du XXème siècle. On notera par exemple, les docteurs Gabara, N'Guyen et le docteur Carpanetti.

Mais celui dont on garde le plus sûr souvenir, celui qui a marqué les châtelains ayant eu la chance de le connaître, c'est le docteur Paul Vivier.

On aurait pu à l'évidence, consacrer à ce médecin un article entier, tant sa vie a été bien remplie.

Voici une petite partie de son histoire et notamment ce qui le rendit « célèbre ».

Le docteur Vivier naquit le 1er janvier 1848 dans le département de l'Aveyron et décéda au Châtelet-en-Brie le 7 février 1930 dans sa 83e année.

Ce médecin est resté dans nos mémoires, en raison notamment des soins qu'il a prodigués à Rose Beuret, l'épouse du célèbre sculpteur Auguste Rodin.

Le Docteur Paul Vivier et son épouse Anna, née Boever (1859-1925), étaient de grands amis d'Auguste Rodin et de sa femme.


Docteur Vivier
(Collection SHCB)

(Collection SHCB)

Rose, de santé fragile, vint souvent se reposer chez ses amis au Châtelet, surtout de 1911 à 1915. Auguste Rodin l'accompagnait ou la retrouvait, logeant chez son ami Paul Vivier et parfois à l'hôtel des Voyageurs, qui se situait à l'angle de la rue de l'église et de la rue du 26 Août 1944.

En 1914, Rose fit de longs séjours chez le couple Vivier à plusieurs reprises du mois d'avril à fin juillet.

En 1915, elle y passa la majeure partie du mois d'avril. Le docteur Vivier et Auguste Rodin eurent des échanges épistolaires dès 1890, comme peut l'attester la correspondance du sculpteur publiée en quatre tomes à partir de 1985 « les éditions du musée Rodin ».

Notons par ailleurs, que le docteur Vivier prit part à la guerre de 1870 et à celle de 1914-1918.

En février 1921, il fut nommé chevalier de Légion d'honneur lors d'une cérémonie qui eut lieu au Châtelet-en-Brie. Nous pouvons remarquer sur le cliché ci-dessus, la présence de personnalités très connues qui entourent notre médecin ; jugez du peu : par exemple, monsieur et madame Sommier, propriétaires du château de Vaux-le-Vicomte, le baron Berthemy châtelain du château de la Borde, ainsi que le lieutenant des pompiers du Châtelet.

Au premier plan, le petit garçon qui tend la main au docteur Vivier est son petit voisin Pierre Paul qui fut plus tard marchand d'huile.


(Collection SHCB)

Nous terminerons cette petite promenade dans le temps, par cette bâtisse du XIXe siècle qui n'est autre que la gendarmerie. La carte postale date de 1901. On remarquera ce véhicule hippomobile, comme il y en avait tant à cette époque, qui s'est arrêté là, le temps de la pose, ainsi que le petit enfant assis dans l'herbe, au pied du mur d'enceinte, qui ne semble nullement abandonné au regard de la manière dont il est habillé.

Par ailleurs, les gendarmes n'ont pas toujours été hébergés à cet endroit.

avant la Révolution, la maréchaussée, puis à partir de 1791, date de la création de la gendarmerie, les « gens d'armes » étaient logés chez l'habitant, malgré une ordonnance de 1770 qui tente de généraliser le casernement.

C'est ainsi qu'en l'an V, (1797) le ministère de la Guerre demande à la commune du Châtelet de recenser tous les gendarmes de la brigade qui sont, soit en casernement, soit chez l'habitant, pour envoyer les sommes nécessaires au payement des loyers.

Cela semble attester qu'une brigade de gendarmerie existait dans le village, bien avant 1801, date supposée de sa création au Châtelet-en-Brie.

Si on indique la présence de gendarmes dans ce bâtiment à partir de 1820, un procès-verbal certifie l'installation définitive de la brigade à cheval du Châtelet dans cette maison, le 1er janvier 1894.

A cette époque, ladite maison appartenait « au sieur Poussié qui, en a passé bail pour 18 ans à dater du 1er janvier 1894 ». Ce procès-verbal d'installation est signé du maire du Châtelet, monsieur Chaillot et de monsieur Boursier, capitaine commandant la gendarmerie de l'arrondissement de Melun. Un nouveau bail était signé en 1921 et pour 9 ans avec la Vve Poussié, propriétaire du château des Dames.

Cette maison que l'on nomme encore aujourd'hui « le Château » en était une dépendance.

Ce bâtiment, dont la structure extérieure ne semble pas avoir subi de changements significatifs jusqu'à aujourd'hui à fait l'objet de nombreuses réparations et restructurations intérieures, au fil du temps et jusqu'à une époque récente (1995).

Les arbres très présents dans la cour de la gendarmerie au début du XXe siècle ont aujourd'hui disparu, laissant apparaître un bel édifice, bien rénové et mis en valeur.

Disons pour conclure que la remise en état de la rue du 26 Août, D 605, son élargissement et la mise en place de feux tricolores ont permis une sécurisation des lieux. La circulation des véhicules motorisés est meilleure, mais l'omniprésence des voitures sur cette voie a malheureusement fait fuir les piétons qui se contentent de traverser cette rue pour se rendre à la poste ou au bistrot du coin. Ce sont les deux seuls établissements qui amènent une certaine animation, sinon tous les autres commerces, ateliers ou échoppes ont définitivement disparu.

 

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