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Modifiée le 18/02/2015

1734, un inventaire après décès au Châtelet-en-Brie

Première partie

Très fréquent au XVIIIe siècle, l’inventaire après décès nous offre une photographie aussi fidèle que possible des intérieurs des maisons d’autrefois, ainsi qu’il nous renseigne sur le mode de vie de lointains ancêtres.
Il consiste en une patiente énumération et description des biens d’une personne.
Cette formalité est rendue nécessaire pour prendre la qualité d’héritier.
L’inventaire se divise en deux parties : l’une consacrée aux biens mobiliers et l’autre aux papiers.
Les biens meubles consistent en des biens transportables d’un lieu à un autre, non attachés au sol ou à la terre. Ils comprennent, les meubles au sens actuel du terme, à savoir : tables, coffres, ustensiles, outils, linge…
C’est la raison pour laquelle, la cheminée faisant partie intégrante de la construction de la maison, et donc considérée comme bien immeuble, ne sera jamais mentionnée.
La seconde partie de l’inventaire, comme nous l’avons précisé, concerne les papiers : titres, contrats de mariage, baux, obligations, ventes, travaux en cours sur les terres, dettes actives, etc.
Dans la maison, il commence toujours par la pièce à feu, parfois nommée « chauffoir ». C’est là que trône la cheminée.
L’inventaire va donc détailler chaque objet de cette pièce. Chaque article ainsi répertorié débute par le répétitif « item » qui signifie « de même ».
Que ce soit un robuste buffet ou une vieille assiette ébréchée, tout objet sera estimé et prisé selon une valeur marchande.

 

Prenons à présent l’exemple particulier de deux villageois du Châtelet-en-Brie.

Pierre Croslot vint au monde en 1691 et Jeanne Vaumorin en 1694. Ils convolèrent en justes noces le 24 janvier 1719, après avoir pris soin de faire rédiger auprès du notaire du lieu, quelques jours plus tôt, un contrat de mariage. Ce type d’acte était très fréquent au XVIIIe siècle, quelles que soient les classes sociales. S’agissait-il d’un mariage d’amour ou arrangé ?

Dans le cas de Pierre et Jeanne, nous pouvons décemment nous poser la question. Issus tous deux d’une lignée de vignerons, le désir des parents d’accroître les arpents de vignes pouvait influer sur le choix des jeunes gens.

Toutefois, comme tous les jeunes fiancés, lors du sacrement de mariage, ils durent recueillir l’assentiment de leurs parents. Car un édit promulgué par Henri II en 1556 fixait la majorité matrimoniale à 30 ans pour les garçons et 25 ans pour les filles.

Fils de vigneron, comme de nombreux paysans châtelains, tout naturellement, Pierre (le fils) le devint à son tour et prit la suite de Pierre son père.

 

Intérieur paysan au XVIIIe siècle.
Intérieur paysan au XVIIIe siècle.

 

Le jeune couple eut un premier garçon, né en 1721, prénommé…Pierre, comme son père et son grand-père, puis une petite Elisabeth, née en 1723.

Pierre (le fils) vécut un temps avec sa petite famille auprès de ses vieux parents, participant aux travaux de la vigne et à l’entretien de la maisonnée.

Mais suite au décès de ces derniers, héritant d’une part des biens familiaux, Pierre put, enfin, commencer sa vie en tant que chef de famille. Il était âgé de 34 ans.

En ces temps, la vie était courte mais elle commençait tard.

Une courte vie car Pierre mourut en 1732, âgé de 41 ans.

Jeanne sa veuve, restée seule avec ses deux enfants n’éprouva point la nécessité de procéder à l’inventaire après le décès de son époux. Elle continua à exploiter les vignes, aidée en cela par un « garçon vigneron » , tout en assumant la tenue d’un cabaret .

Mais, la rudesse de la vie, les maigres revenus ne permettaient pas souvent aux veufs, hommes ou femmes, de choisir de rester célibataires trop longtemps. L’union faisait la force.

Après deux années de veuvage, Jeanne prit la décision de se remarier. Sage décision ?

Pour ce faire, l’interruption de la communauté perdurant depuis le décès de son époux, s’imposait.

En effet, ayant deux enfants de sa première union, Jeanne se devait de protéger leurs droits à l’héritage, au cas où un nouvel enfant venait à naître de son second mariage.

C’est donc le 18 mai 1734 que Jacques Pierre Guespereau, procureur au Châtelet de Melun et prévôt du Châtelet-en-Brie, entreprit, à la requête de Jeanne Vaumorin, l’inventaire des biens restés en commun après le décès de son époux Pierre Croslot.

Après la prisée, à savoir l’estimation des meubles et effets par Charles Gervais Gramin, « Sergent maire priseur et vendeur de Biens en Cette prevosté » […] « Nous Sommes Transportez avec nostre greffier ordinaire led[it] gramin Sergent dans la maison où lad[ite] Veuve Croslot est demeurante Size aud[it] lieu du Chatellet grande Rue de Rambouillot ». Etait présent également Gervais Croslot, frère du défunt et subrogé tuteur des enfants de Jeanne.

Cette maison, couverte de tuiles et de chaume pour les parties communes, ne possédait qu’une pièce à vivre : « le chauffoir » que nous avons déjà évoqué. Seule pièce chauffée, c’est là que Pierre, Jeanne et leurs deux enfants vécurent, cohabitant dans un espace restreint pour manger, dormir, et vaquer à toutes sortes d’occupations.

En dehors de cette pièce, la maison se composait d’une foulerie, d’un grenier, d’une cave et « un tois à porq » pour qualifier tout bonnement une porcherie.

 

Et maintenant, débutons cet inventaire en parcourant le modeste logis de feu Pierre et de Jeanne, sa veuve.

Commençons donc par le chauffoir.

La cheminée, source de confort et de réconfort, étant un bien immeuble, ne sera pas mentionnée, mais la présence d’instruments nécessaires à son bon fonctionnement atteste de son existence.

Comme nous allons le voir, pour qui possède une cheminée de nos jours, ces ustensiles nous sont familiers.

Chenets.

En effet, nous retrouvons la crémaillère, symbole du foyer, la pelle, la pincette et un gril servant à exposer les aliments à la flamme directe.

Le tout était en fer et estimé ensemble 40 sols , ce qui atteste d’une piètre valeur.

Enfin, deux « vieilles chaufrettes », récipients dans lesquels on mettait des braises afin de réchauffer les pieds des personnes assises et un « souflet ».

Chenets.

Pour s’éclairer, Jeanne utilisait en outre, un chandelier de « fert », une « vieille » lanterne, un martinet qui n’est autre qu’un chandelier à manche et une lampe de « Pothin » : le pothin ou potain consistait en un alliage de cuivre rouge et jaune.

Pour approcher les habitudes alimentaires de nos ancêtres, explorons le matériel de cuisine utilisé. Même dans les foyers modestes, les ustensiles culinaires pouvaient être nombreux et variés.

Pour la confection de ses repas, Jeanne disposait de trois « chaudières », sorte de récipient rond pour cuire ou faire bouillir les aliments, un « mauvais » chaudron et deux « poeles » (poêle), une

Réchaud du XVIIIe siècle.
Réchaud du
XVIIIe siècle.

tourtière « garny » de son couvercle pour cuire les tourtes et deux « marmittes » avec leur couvercle à poignée ; ce qui les différencie des chaudrons. Pour en terminer avec le matériel de cuisson, n’oublions pas les deux broches pour exposer à la flamme les pièces de viande, ainsi que la traditionnelle lèchefrite.

A cela s’ajoutaient de petits ustensiles tels la « cuillère à pot » qui n’est qu’une louche, un « écumoir » et une fourchette à pot de « fert » pour retirer le lard de sa terrine de conservation.

Mais aussi, un saladier, neuf assiettes, un pot de « fayence », trois terrines, deux petits pots de grain, une cruche, une « Caraffe », une bouteille, deux « escuelles », une « jatte », simple vase de bois ou de faïence et un « jasles », sorte de baquet destiné à recevoir du grain ou de la farine.

Jeanne possédait aussi une balance avec ses poids et un « réchaux » aux fonctions multiples telles que, maintenir au chaud, réchauffer, achever une cuisson et accessoirement dispenser une chaleur d’appoint.

 

L’eau, élément vital dans la maison.

Fontaine du XVIIIe siècle.

Pour ne pas manquer de ce liquide précieux, Jeanne s’approvisionnait quotidiennement au puits.
Pour cette tâche, elle utilisait deux « Seaux ferrez » qui lui permettaient à la fois de transporter et conserver l’eau chez elle, et une fontaine de « Bois garny d’une canulle », ustensile qui commençait à se répandre dans les milieux populaires et qui protégeait l’eau de l’air et des poussières.

Fontaine du
XVIIIe siècle.

 

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