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Modifiée le 18/02/2015

1734, un inventaire après décès au Châtelet-en-Brie

Dernière partie

Après une rude journée passée à inventorier minutieusement le contenu du chauffoir, le lendemain 19 mai 1734, dès 8 heures, Jacques Guespereau, prévôt du Châtelet en Brie, Charles Gervais Gramin, greffier et Gervais Croslot, frère et tuteur des enfants du défunt Pierre Croslot, se réunirent à nouveau en la demeure de Jeanne Vaumorin afin de « Proccedé a la Continuation dudit Inventaire ».

Quittons le chauffoir et rendons nous en ce petit matin à la « foullerie »:
Comme son nom nous le laisse deviner, il s’agissait du lieu destiné à fouler le raisin et où étaient entreposés cuves et pressoirs.
Contenu de la foullerie :
Cinq « demyes queues futailles ».
Chaque tonneau contenant 181 litres de vin. Les cinq tonneaux furent prisés ensemble 30 livres tournois.
Rien ne nous permet de dire s’ils étaient vides ou pleins.
Une cuve montée sur ses billots contenant six à sept « demyes queues orléans », soit entre 1380 et 1610 litres de vin.
Cependant, cette cuve ne fut pas prisée mais seulement citée pour mémoire.
En effet, la cuve à billots consistait en un grand récipient de bois ou de maçonnerie qui servait à fouler le produit de la vendange ou à laisser fermenter le vin. De ce fait, elle fut considérée comme un bien immeuble, tout comme la cheminée.
Rappelons que les inventaires ne prenaient en compte que les biens meubles.
Un peu plus loin, nous découvrons un bel assortiment d’outils nécessaires au métier de tonnelier, le tout prisé et estimé ensemble la somme de 20 livres tournois.
Citons les :

  • Tout d’abord une « Coulombe », sorte de grand rabot sur lequel les tonneliers joignaient et rabotaient les fonds de tonneaux pour les rendre lisses et assurer une parfaite étanchéité.
  • Un « chevallet » pour soutenir l’objet sur lequel on travaillait.
  • Des « feuillets » au nombre de trois ; le feuillet étant une scie tournante utilisée par les tonneliers.
  • Une « Dosloire » qui permettait de débiter les planches des tonneaux
Doloires
  • Quatre « compas à muid » pour tracer les fonds de tonneaux et reporter les mesures.
Compas de tonnelier
  • Deux « Barroirs », sortes de vrilles pour préparer les trous dans la rainure afin de fixer la barre d’un fond de tonneau à l’aide de chevilles.
  • Une « Essette », marteau à tête ronde d’un côté et tranchant de l’autre.
  • Un « tordoir à cuve », autre mot très imagé pour qualifier le pressoir.
  • Une « jabloire », rabot à lame mince et dentée qui permettait de former la rainure circulaire aux extrémités des planches pour encastrer les fonds.
  • Et un « sergent » pour serrer les pièces de bois qu’on avait collées entre elles.

Sachons que bien souvent les vignerons exerçaient parallèlement la fonction de tonnelier.
Ceci leur permettait de fabriquer et réparer à moindre frais leurs propres outils de travail.
Il semblerait que les fils Croslot aient été dans ce cas.
En effet, le contrat de mariage de Pierre Croslot et Jeanne Vaumorin, dressé en 1719 stipulait que les parents de Pierre lui laissaient quelques vignobles en attendant son futur héritage. En échange le père de Pierre rappelait qu’il lui avait enseigné le métier de tonnelier et il demandait à ce dernier de lui réparer ses propres tonneaux et d’initier à son tour Gervais, son frère cadet à la profession de tonnelier.

Cette parenthèse refermée, revenons au contenu de la foullerie.
Le modeste logis de Pierre et Jeanne n’ayant qu’une pièce à vivre, nous comprenons que la foullerie ait pu servir aussi de lieu de débarras.
Ainsi, découvrons nous quelques objets de piètre valeur, ne dépassant guère les sommes de 15 à 20 sols comme cette « vieille met de bois de chesne dans laquelle Se Sont trouvés Trois pots de terre » ou cette vieille table de bois blanc « garny de son Chassy Playant ».

 

Houes
Houes et houe à déchausser
(Dictionnaire de outils Bibl Arts , Sciences et Techniques).

 

Nous découvrons également quelques instruments agricoles de petite culture telle la « houe » servant à labourer, défricher, biner, ou une « tournée », sorte de pioche destinée à défoncer les terres dures.
A cela s’ajoutaient cent poignées « d’ozier » valant 10 livres tournois, destinées très vraisemblablement à tresser des paniers pour cueillir le raisin.
Pour gagner encore plus de place dans la foullerie, un « cinot » y avait été aménagé. Il s’agissait d’un plancher assez grossier posé entre deux poutres à la hauteur du sommet de la porte d’une grange, écurie, bergerie etc…De nos jours, nous parlerions de faux-plafond. Dans les cinots, toujours légers et fragiles, on ne pouvait qu’entasser du foin, de la paille mais jamais de gerbes ou céréales.
Dans celui de Pierre et Jeanne, étaient entreposés, plusieurs bottes de sarments de vigne et quelques morceaux de « Bois propres a Bruller », pour la somme de 15 livres tournois.
Par ailleurs, la foullerie faisait également office d’étable car dans un recoin, y vivaient une vache « Sous poil Chastain » estimée à 25 livres tournois et une « Beste azine garny de ses Baats et deux paires de Paniers » estimée 15 livres tournois.

Maintenant, grimpons au grenier situé au dessus du chauffoir.

Intéressons nous au contenu de ce grenier :
Il abritait deux « Setiers de Bled » et deux autres d’avoine, soit en tout 624 litres, prisées ensemble la somme de 30 livres tournois.
A l’exception de cette récolte, le grenier n’accueillait que des objets délaissés par leurs propriétaires ; véritable foire à la brocante où s’empilaient plusieurs paires de chenets, des vieilles hottes à vin, des crémaillères, des paniers à « claire Voye » et une « manne à enfant » qui n’est autre qu’un berceau.
Les maigres estimations qualifiées de « peu de valeur » sembleraient confirmer leur état de vétusté.

Du grenier, descendons à la cave.

Haut lieu du vin et principale source des revenus de nos vignerons, cette cave renfermait « Six demyes queues orleans » de vin de la précédente récolte et une autre « demye queue de pareil vin a moitié vuide », portant la prisée à la somme de 195 livres tournois.
Il s’agit de la plus forte estimation des biens répertoriés au cours de cet inventaire.
Mais à côté de cette récolte, se trouvaient « Trois demyes queues d’un vin de Boisson gatée et lit » et prisées seulement15 sols.
Peut être ce mauvais vin était-il destiné à être utilisé comme vinaigre ?
Citons également la présence de « deux salloirs ».

Et pour clore l’inventaire des biens meubles de cette demeure paysanne,
entrons dans le » tois a porcq », tout bonnement la porcherie.

« s’est trouvé un jeune porcq nouritureau » valant 8 livres tournois.
Ceci mérite une brève explication ; le « nouritureau » était un jeune porc, en phase de sevrage, qui commençait peu à peu à consommer de la nourriture ordinaire.
Ainsi s’achève l’inventaire des biens meubles.
Après l’énumération scrupuleuse du contenu de la pièce à vivre et de ses dépendances, le moment est venu de procéder à l’inventaire des papiers : titres, contrats, baux, dettes, travaux en cours… et l’argent comptant ; deniers et sols sonnant et trébuchant dans les bourses ou au fond des bas de laine.

Commençons par les travaux en cours

En ce jour, Jeanne Vaumorin déclara comme appartenant à la communauté, un arpent de blé dont la récolte était prévue pour le mois d’août.
Comme nous le savons, les blés non coupés étaient considérés comme biens immeubles et par conséquent non prisés.
Cependant le labour, le fermage et les semences de cet arpent, appartenant à la catégorie des travaux, furent estimés la somme de 44 livres tournois.
En outre, les enfants mineurs de Jeanne possédaient cinq perches et « demy » de vignes.
Etait-ce une donation faite du vivant de leur père ? Nous l’ignorons.
Ces vignes furent mises en valeur « à fassons » par Pierre Boudou, le garçon vigneron que Jeanne employait.

 

Travaux de la vigne
Travaux de la vigne
(La vie des villageois au XVIIIe siècle G. Thoquet).


Ces travaux revinrent à la somme de 36 livres tournois, sans oublier le « fumage » de ces mêmes vignes, estimé 15 livres tournois.
Un sol était un sol : la moindre dépense, le moindre avoir, se devaient d’être inscrits dans les comptes de la communauté avant que celle-ci ne soit interrompue.

Et pour ce faire, examinons les dettes de cette communauté.

Elles étaient de deux types :

  • Les dettes actives concernaient celles du créancier et leur montant s’ajoutait au patrimoine dans les inventaires après décès.
  • Les dettes passives concernaient celles du débiteur et le montant se soustrayait au patrimoine.

Seul le remboursement de 16 livres tournois, prêtées à une veuve était « deub » aux dettes actives de Jeanne.
En revanche, la charge des dettes passives s’avérait beaucoup plus conséquente.
En effet, Jeanne devait :

  • 25 livres tournois à un marchand de Fontaine le Port qui lui avait vendu des futailles.
  • 42 livres tournois à Pierre Boudou pour les services « Rendeu » et qu’il rendra jusqu’à l’ouverture de la prochaine moisson.
  • 14 livres tournois au chirurgien du Châtelet pour « panssements » faits à Pierre Croslot et à sa veuve, auxquels s’ajoutaient 3 livres tournois de médicaments.
  • 12 livres tournois aux collecteurs de la paroisse.

Et pour terminer, seront énumérés tous les titres et papiers anciens.

Citons en quelques-uns pour mémoire :

  • Le partage, entre les deux frères Pierre et Gervais Croslot, des biens de leurs parents, effectué en 1725.
  • Diverses quittances, brevet d’obligation et autres papiers….

Et, Jeanne déclara avoir « obmis de faire Comprendre au présent inventaire un petit Lit de plume et Un traversin a toy de toille une vieille Couverture et un Vieil drap […..] qui sont chez Gervais Croslot », le tout estimé à la somme de 7 livres tournois.
Pour clore cet inventaire, rappelons les clauses du contrat de mariage rédigé lors de l’union de Pierre et Jeanne.
Ce contrat stipulait qu’en cas de veuvage, Jeanne conserverait son douaire , véritable gain de survie la protégeant contre la précarité.
En outre, elle récupérait par « preciput » l’ensemble de « ses habits Linges, bagues et Joyaux » et pouvait choisir « un lit garny ».
Il est probable que ce lit soit celui décrit ci-dessus et conservé chez Gervais.
Puis « Ne s estant plus rien trouvé a Inventorier », chacun se retirera après avoir signé, exceptée Jeanne qui a « déclaré ne savoir signer de ce requis ».

Le 8 juin 1734, soit trois semaines après la dissolution de la communauté, Jeanne épousa Pierre Boudou son garçon vigneron et le 25 novembre de cette même année, naquit le premier enfant de ce nouveau couple ; un garçon prénommé Pierre comme son père.

 

 
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