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Accueil / Archéologie / Le moulin de l'étang >>
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Modifiée le 18/02/2015

Découverte d’un moulin au Châtelet….d’un MOULIN A EAU!

 

Une histoire de moulin à eau

 

Visite de l’éboulement
(Photo SHCB)
Flanc droit
(Photo SHCB)


Le 25 septembre, lors des travaux de branchement électrique du pavillon qui fait l’angle de la route de Féricy et de la départementale 605 (route de Montereau à Melun), en bordure du parking Sainte Reine, près du feu rouge, est apparue une cavité maçonnée.
Monsieur Alain Duchenne, propriétaire du pavillon récemment construit, a prévenu la mairie qui a averti la Société d’Histoire du Châtelet-en-Brie.
M. Jean-Claude Radigon, président, s’est transporté sur les lieux avec M. Jean-Claude Sambugaro, responsable technique de la mairie. Ayant constaté qu’il s’agissait d’une structure ancienne, M. Radigon, en accord avec M. Sambugaro, a alors averti Mme Marie-Claire Coste, archéologue au service départemental d’archéologie de Seine-et-Marne. Ayant observé les vestiges, Mme Coste a demandé à la mairie et à la Société d’Histoire de nettoyer les lieux, ce qui a remarquablement été fait par deux agents communaux, Christian Vié et Miguel Goncalvès, aidés des membres de la SHCB.
Après nettoyage de la cavité, il a été reconnu une partie de tunnel en pierres taillées, voûté en plein cintre, large de 1,5 m et haut de 1,23 m sous voûte, orienté est/ouest. La fonction de cette structure posant problème, à la demande de M. Radigon, Mme Mabire La Caille, maître de conférences en archéologie du Moyen Âge à l’Université de Paris I Panthéon-Sorbonne, présidente du Groupement Archéologique de Seine-et-Marne, a été prévenue de cette découverte et s’est transportée à son tour, avec Mme Coste, au Châtelet-en-Brie. Elle a identifié formellement un canal d’amenée d’eau qui faisait fonctionner un moulin se situant à l’ouest de la structure, c'est-à-dire, entre le ru et la route de Féricy.
Ce moulin, totalement inconnu à ce jour, était alimenté par un étang, asséché depuis, dont les digues devaient se situer en bordure du parking Sainte-Reine qui a été aménagé.

Tunnel d’amenée, vue côté ouest
(photo SHCB)
montage panoramique
(photo SHCB)


Mais qu’en est-il de l’histoire de ce moulin? De quand date t-il ? A qui appartenait-il ?

Les archives des Yvelines nous livrent une partie de l’énigme:
il s’agit du «moulin de l’Étang». On le trouve aussi mentionné dans le compte des chanoines de Melun, en 1380, sous le nom de «Moulin Préhaut».
Nous savons qu’au début du XIVe siècle, étaient érigés plusieurs moulins à vent dans les environs du Châtelet, ainsi que notre moulin à eau.
En 1314, Philippe le Bel, juste avant sa mort, fait don aux Dames de Poissy, de la rente annuelle et perpétuelle, des redevances des terres du Châtelet.
Elles héritent donc, non pas des terres, mais des profits que l’on peut tirer des ces biens; les revenus du «moulin de l’Étang» en font partie.
Pour fixer le montant de la redevance due aux Dames de Poissy, le roi fait référence à des redevances perçues, pour le compte du Roy, avant 1314, par l’ancien huissier, Pierre de la Brosse: «…il percevait 4 livres Parisis sur le moulin du Châtelet…»; L’estimation sera la même, comme l’atteste l’extrait du document ci-dessous:
«…la dite estimation nous inspire pleinement confiance... à la valeur susdite,…nous le donnons, concédons et assignons à la prieure et aux sœurs du couvent de Poissy...» (A. D. des Yvelines cote 73H94).
Ces biens comprennent, en plus du château, de nombreuses terres, prés et moulins.
Mais le 21 juin 1380, le roi Charles V, fait l’acquisition de la seigneurie et des terres  du Châtelet, achetées à un certain Jean Pastourel moyennant la somme de 3000 livres.
Cette acquisition est confirmée par un acte du 28 juillet 1380.
Le roi fait don de ces biens aux chanoines de Vincennes, anciens chanoines du chapitre royal de la Sainte-Trinité.
Le 9 septembre 1381, les religieuses de Poissy semblent vouloir demander réparation de préjudices subits, car elles intentent un procès à Jean Pastourel et aux chanoines de Vincennes.
Voulaient-elles montrer, preuves de leur héritage à l’appui, que le don à perpétuité de Philippe le Bel, avait été remis en cause par le sieur Pastourel ?
Toujours est-il qu’elles ne semblent pas avoir obtenu gain de cause, car en juillet 1384 les dits chanoines s’adressent au roi Charles VI pour avoir l’autorisation de vendre la terre et la seigneurie du Châtelet, dans la mesure où ils n’ont pas les moyens de s’occuper de biens si importants.
Et le 5 août 1384 en effet, comme l’atteste le document ci-après:« les chanoines vendent aux Dames de Poissy la dite terre et seigneurie du Châtelet et ses appartenants tant en édifices que terres, prés, vignes etc. moyennant 1700 livres tournoix et francs or pour 20 soles»… et amortis le 21 janvier 1400.

(Archives départementales des Yvelines)
Cote 73H94

 

Toutes ces terres, ainsi que le moulin seront ensuite mis en location par les Dames de Poissy à des particuliers.

 


«XIV: Bail à cens et loyer par les Dames de Poissi à Germain Dupont, de 4 à 5 arpents de terre et un moulin, pour 4 sols parisis pour chaque arpent et 8 septiers de bled, avec 4 deniers parisis pour le moulin».

(Archives départementales des Yvelines)
Cote 73H76


Par ailleurs, l’article de la revue paroissiale de juin 1954, notice locale autour des «MOULINS», nous indique que: «le 5 septembre 1638, par contrat passé devant Me Guespereau, notaire au Châtelet, les Religieuses de Poissy concédèrent leur moulin, déjà en ruine, au sieur Alexandre Guiart, prévôt».
Le contrat nous fournit aussi des précisions quant à sa localisation exacte:«l’emplacement des bâtiments, jardins, closeaux de l’ancien moulin à eau de ce lieu du Châtelet situé proche le grand chemin de Melun à Montereau et vis-à-vis la chapelle Sainte-Reyne, faisant plusieurs gaches, et à travers duquel passe le Rû, tenant d’une part du levant au grand chemin, d’autre part à la ruelle de la Roche».

Il est bon de noter que, l’étang qui alimentait notre amenée d’eau au moulin, que l’on a appelé «les trous du cimetière» existait encore sur le cadastre de 1812.
Ce ne sera plus le cas sur celui de 1845, ces trous en effet on été asséchés.
En 1848, la municipalité envisageait un aplanissement de ce terrain dans la perspective de doter le village d’une place de foire.

Cadastre de 1812
(Archives communales)

 

Vue aérienne de 1970
(Collection SHCB)

En guise de conclusion:

Les vestiges anciens du Châtelet-en-Brie étant rares, la municipalité, sous l’impulsion de son maire Alain Mazard, très concernée par la préservation de son patrimoine, a décidé de conserver cette structure en témoignage de son passé. Un accès spécifique y sera aménagé.

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