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Modifié le 17/02/2015

Le sacerdoce d'un médecin de campagne
au Châtelet-en-Brie au XXème siècle


Plaque émaillée
(collection Anita Bécuwe)

Il aurait pu faire sienne cette devise de Louis Pasteur : « Guérir parfois, soulager souvent, écouter toujours ».

Florentin Arthur Bécuwe naquit à Esquelbecq, dans le Nord de la France le 6 avril 1886.

Issu d'une famille de fermiers, il passa toute son enfance dans cette région. Ils étaient 5 frères et sœurs. Ces dernières décédèrent jeunes des suites d'une diphtérie ; monsieur Bécuwe fut également touché, mais eut la chance de s'en sortir.

Un de ses frères, Achille Fidèle Urbain, qui devait hériter de la ferme parentale fut tué à l'ennemi, en novembre 1914, en essayant de libérer la ville belge de Luygem occupée par les allemands.

Mais revenons à Florentin Arthur qui, dès l'âge de 11 ans, fréquenta l'école des jésuites en internat à Bergues, ville devenue célèbre depuis la diffusion du film à succès que fut naguère, « Bienvenue chez les ch'tis ».

Les jésuites, école de rigueur, de devoir et de discipline s'il en est, marqua sans doute le futur médecin qui songea un moment devenir père blanc missionnaire.

Après l'obtention de son bac, monsieur Bécuwe décida de devenir médecin et entreprit ses études universitaires à Lille.

A chaque vacances et surtout durant la période estivale il se devait d'aider aux travaux de la ferme familiale.

Juste retour des choses, car ses parents avaient dû consentir des sacrifices afin de lui permettre la poursuite de ses études supérieures, longues et coûteuses.

C'est dans cette ville qu'il fit la connaissance de celle qui allait devenir son épouse, mademoiselle Vanbastelaere. La mère de cette demoiselle tenait, près de l'Université, un grand café très fréquenté par les étudiants.


Diplôme de docteur en médecine
(collection Anita Bécuwe)

Il n'avait pas encore tout à fait terminé ses études de médecine, quand, la première guerre mondiale éclata. Il fut mobilisé, ainsi que ses deux frères, le 3 août 1914 et intégra le 67e, puis le 132e régiment d'infanterie.

En octobre 1915, Florentin Arthur fut cité à l'ordre de la brigade par le commandant Ducret car « il a assuré pendant les combats du 25 septembre au 30 septembre 1915, le service du poste avancé de secours du bataillon. Contusionné par un éclat d'obus, est resté à son poste malgré un bombardement extrêmement violent ».

Puis, en tant que médecin auxiliaire, aide-major de 1ère classe, il fut engagé au front, près de Verdun, avec son Régiment à partir du 7 juin 1916.

Trois bataillons étaient engagés près du fort de Vaux tombé aux mains de l'ennemi.

Lui et ses compagnons furent pris sous le bombardement de l'artillerie et le tir des mitrailleuses. Les pertes françaises furent très lourdes.

Monsieur Bécuwe fut fait prisonnier le 22 juin 1916 et sera retenu en captivité jusqu'en juillet 1917.

Pendant que son époux était mobilisé, madame Bécuwe assura le secrétariat d'Edouard Hérriot maire de Lyon et maintes fois ministre.


Une partie de la Famille Bécuwe
(collection Anita Bécuwe)

Puis elle soigna dans un hôpital de cette même ville, des blessés de guerre revenant du front.

A la fin de la guerre, monsieur Bécuwe alla terminer ses études de médecine à Montpellier et y soutint sa thèse.

Peu de temps après, en 1919, il s'installa avec son épouse au Châtelet-en-Brie qu'il ne quittera plus.

Il habita quelques temps au-dessus du café des sports où naquit sa fille aînée en 1920.

Ses trois autres filles naîtront dans la maison qu'il acquit rue de l'Eglise où il vécut jusqu'à la fin de sa vie et y exerça sa profession de médecin.

Il avait installé son cabinet et sa salle d'attente au rez-de-chaussée de sa maison.

C'est là qu'il reçut pendant près de 50 ans ses patients venus le rencontrer, parfois à pied depuis Saveteux ou Pamfou.

Si ses charges étaient conséquentes au Châtelet-en-Brie, il était aussi amené à exercer ses fonctions bien au-delà du village.

En effet, son secteur d'intervention s'étendait sur 18 communes ou lieux-dits, d'Echouboulains à Blandy-les-Tours en passant par Moisenay, Fouju, Sivry ou Les Ecrennes.

Le téléphone sonnait à toute heure du jour ou de la nuit et on pouvait ainsi rencontrer le médecin sur les routes du canton, 7 jours sur 7, été comme hiver.

Il se déplaçait, en vélo ou en moto dans le courant des années 1920, puis en voiture. Sa traction avant était connue de tous.

Anita, une de ses filles, se souvient, qu'elle et ses sœurs pouvaient être mises à contribution, en plein hiver pour pousser la voiture quand celle-ci faisait quelques caprices pour démarrer.

Dès qu'on le sollicitait, monsieur Bécuwe, où qu'il soit, se rendait toujours disponible et partait sur le champ pour aller soulager tel patient ou accoucher telle parturiente qui allait mettre au monde son bébé.

Chaque jour, il se retrouvait ainsi à partager les joies et les peines des gens dans tous les villages qu'il fréquentait.

Il pouvait être selon les heures, chirurgien, dentiste, pharmacien, médecin accoucheur, pédiatre ou ostéopathe.

Au cours des années 1920, il avait créé une petite pharmacie chez lui, pour pallier le manque d'officine dans le village ou pour apporter rapidement le traitement approprié à un patient ne pouvant se procurer le produit nécessaire à ses soins.

Pour ce faire, il s'approvisionnait régulièrement en médicaments ou en produits lui permettant de créer des potions, à la « Cooper » à Melun.

Lors de ses débuts à Lille, il s'était exercé à la petite chirurgie. Notamment, durant ses stages il avait appris à enlever des scories reçues dans les yeux par des ouvriers ou des mineurs de fond.

C'est ainsi, que poser des points de suture, soigner un œil blessé, secourir un bucheron accidenté dans la forêt ou remettre en place une épaule luxée, n'avaient pas de secret pour lui.

Durant la seconde guerre mondiale, notre médecin avait un laisser-passer officiel lui permettant de circuler librement pour continuer sa mission de soins.

En raison de la pénurie d'essence, le docteur dût retrouver son vélo pour aller et venir à travers le canton.

Il y faisait certes des consultations officielles, mais il est rapporté qu'il aurait pu soigner aussi quelque résistant blessé en forêt de Machault.

Preuve, une fois de plus, qu'il pouvait prendre des risques pour honorer son engagement.

Il recevait tout le monde, les riches, comme les pauvres.

Si d'aventure une personne indigente sonnait à sa porte, il la soignait et ne se préoccupait pas de savoir s'il allait être payé ou pas. Il était fréquent que la consultation soit gratuite.

Il est même raconté que, monsieur Bécuwe pouvait bourse délier, afin de régler de ses propres deniers une intervention chirurgicale jugée trop onéreuse par le patient.

Un jour, étant intervenu pour soigner une personne qui s'était sérieusement brulée, ne trouvant personne pour l'emmener d'urgence à l'hôpital, il prit son propre véhicule pour parer au plus pressé et le transporter jusqu'à Melun.


Moto utilisée à ses débuts par M.Bécuwe
(collection Anita Bécuwe)

Les accidents de la route n'étaient pas rares, le docteur était toujours appelé pour apporter les premiers soins aux blessés, puis se chargeait de les transporter à l'hôpital en cas de nécessité. Durant 25 ans, il effectua des consultations gratuites pour tous les gendarmes du Châtelet. Il reçut pour ces services rendus à des militaires, la médaille du travail vermeil.

Lorsqu'on l'appelait pour un accouchement à domicile, comme c'était souvent le cas, il partait séance tenante pour 2 ou 3 heures voire davantage.

Nombre de nos compatriotes encore parmi nous aujourd'hui, nous racontent avoir vu le jour grâce au docteur Bécuwe.

La légende nous dit même qu'un de nos châtelains bien connu, né sous les bons auspices du médecin, aurait subtilisé les ciseaux du docteur au moment où celui-ci s'apprêtait à couper le cordon ombilical. Docteur Bécuwe se serait alors écrié : « nous en ferons un excellent travailleur manuel plus tard ».

Nombreux sont les châtelains qui encore aujourd'hui se souviennent avoir été soignés par notre médecin de campagne et en gardent un souvenir ému.

Le docteur Bécuwe était un homme discret et ne s'épanchait jamais sur des difficultés qu'il pouvait rencontrer au quotidien.

Il ne parlait jamais de ses patients lorsqu'il était en famille, bien que son épouse soit toujours présente pour l'épauler dans sa tâche. Elle était sa secrétaire pour répondre au téléphone et prendre les rendez-vous ou être l'infirmière occasionnelle quand il s'agissait de faire un pansement à un blessé.

Ses filles avaient le droit de circuler dans la maison au moment des consultations.

Il n'était pas rare qu'elles échangent quelques propos avec certains patients dans la salle d'attente, mais elles gardaient toujours une certaine réserve.

Discret, il l'était aussi dans la vie, ne revendiquant aucun honneur, ni aucune reconnaissance.

Ce qu'il faisait pour les autres, il le jugeait normal et relevant de son devoir.


(collection Anita Bécuwe)

Il n'a pour ainsi dire jamais pris de vacances, sinon pour aller rendre visite à sa famille en province. Il ne s'absentait guère plus de 2 ou 3 jours.

Notre médecin était aussi autodidacte, et était naturellement très curieux d'apprendre, s'intéressant à toute nouveauté.

C'est ainsi, qu'aimant beaucoup la musique, il rencontrait, dès que son emploi du temps le lui permettait, quelque mélomane de la région ou un disquaire de Fontainebleau avec lesquels il échangeait volontiers.

S'il n'a jamais appris à jouer d'un instrument, il fut durant plusieurs années président d'honneur de « La Lyre châtelaine », sans doute en raison de son goût pour la musique. Sa fille Josette tenait le piano de la fanfare dès l'âge de 14 ans.

Lorsqu'il prit sa retraite en 1968, à l'âge de 82 ans, le maire du village, monsieur Brun, lui rendit un hommage appuyé pour services rendus à la commune.

Même si personne n'est irremplaçable, on regretta longtemps le docteur Bécuwe qui, estimé de tout le monde, s'est éteint le 1er août 1976 à l'âge de 90 ans.

Aujourd'hui les temps ont bien changé, les habitudes aussi. Le médecin de proximité a disparu désormais. Ce médecin de campagne que nous regrettons parfois.

Nostalgie quand tu nous tiens !

 

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