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Modifiée le 18/02/2015

ÉMEUTE ET VIOLENCE AU CHÂTELET-EN-BRIE
LE 29 DÉCEMBRE 1734

Ce mercredi 29 décembre, vers «quatre heures de rellevée»,d’immenses clameurs s’élevèrent rue de «rembouillot», troublant la quiétude de nos châtelains vaquant à leurs occupations hivernales. Attirés par les cris, de nombreux curieux quittèrent leur maison ou atelier. Mais ce qu’ils virent ou entendirent affola une grande majorité d’entre eux.

En fait, tout avait commencé le matin même lorsque deux archers de Provins, Nicolas Chevance et Nicolas Parlat, accompagnés de leurs aides, se rendirent à Fontaine-le-Port, chez Jean Royer, cabaretier afin de procéder à l’arrestation d’un «nommé» Antoine Leguay.

 

(Archives départementales de Seine-et-Marne cote: B94)

 

«Lequel Leguay, ils [les archers] auroient fait venir dans l’endroit ou ils estoient à boire, et à l’instant l’auroient pris au corps et emmenotté».

 

Paysan au 18ème siècle
(Paysan au 18ème siècle)

S’étant remis en route avec leur prisonnier en direction du Châtelet-en-Brie, les archers virent avec stupéfaction, plusieurs Portifontains courir après eux, proférant des «menasses terribles» à leur encontre, «en soulevant le monde tout le long du chemin».

Nous ne savons rien d’Antoine Leguay, ni du motif de son arrestation, ni la raison de l’immense hostilité des habitants de Fontaine-le-Port qui escortèrent les quatre hommes, les traitant de «volleurs et vendeurs de chair humaine» et les menaçant de les jeter dans le puits de «Rembouillot».

Toujours est-il, que la population du Châtelet prêta rapidement main-forte aux habitants de Fontaine-le-Port pour attaquer ces archers.

Ainsi, nous avons d’un côté, des hommes munis d’armes nobles: épées, pistolets…et de l’autre, d’humbles paysans en furie, armés de fourches, fléaux, crochets, serpes, pelles de bois…

 

Les archers furent sauvagement agressés et firent l’objet d’une tentative d’assassinat par une population excédée.

Réfugiés ensuite au logis de Louis Jaquemard, «hostelier», l’un d’eux très grièvement blessé reçut du curé du Châtelet la confession.

 

(Archives départementales de Seine-et-Marne cote:B94)

 

Le 2 janvier 1735, suite à ces faits sanglants, Nicolas Parlat et son compagnon Nicolas Chevance présentèrent une requête plaintive auprès de Jacques Guespéreau, procureur au Châtelet de Melun et «prevost de la chatellenie Royalle du Chatellet-en-Brie», contre plusieurs habitants des deux villages.

Comment archers et paysans en sont-ils arrivés à se battre et à s’entretuer, alors que, à l’unanimité les châtelains déclareront «ne point connoistre» tant les individus de Fontaine que les archers et leur mystérieux prisonnier?

Pour tenter de démêler les tenants et les aboutissants de cette émeute d’une rare violence, donnons la parole aux châtelains.

En effet, les 4 et 5 janvier, pas moins de vingt-sept témoins, hommes et femmes, furent «ouy secrettement apres serment» et avoir été assignés «par exploit» de Maître Gramin huissier.

Notons, que la grande majorité d’entre eux seront des vignerons ou leurs épouses, les lieux, où se produisirent ces rixes, étant largement plantés en vignes.

Si les dépositions sont plus ou moins longues selon les témoins, les faits relatés, quant à eux, sont identiques; ceci nous permet de leur accorder un certain crédit.

Ainsi, les témoins virent passer, sur le chemin conduisant à Fontaine-le-Port, quatre «particuliers armés de fusils bastons epées» dont deux portaient des «bandollières» et qui tiraient leur prisonnier.

La petite troupe était escortée de quatre ou cinq habitants de Fontaine et de plusieurs femmes qui «crioient de toutes leurs forces au voleurs au voleurs».

Soudain, «ledit» prisonnier se coucha au sol et refusa de poursuivre son chemin.

L’un des  quatre «gens d’armes» se mit en devoir de faire «lever ledit homme lié» lui disant «lève toi en lui donnant des bourrades de fuzil, coups de pied et poing et menaçant de le tuer».

L’un des archers, affolé par la présence grossissante de badauds châtelains, dit à ses compagnons «tue moy tous ces gens là». Ceci, provoqua  un mouvement de foule qui créa une diversion fatale.

En effet, le prisonnier bien qu’étant «emmenotté», en profita pour s’échapper vers la ruelle de la Roche; les archers eurent beau tirer deux coups de fusil, ils ne purent l’atteindre.

Dans le même temps, un paisible vigneron, Claude Soudé, rentrant de ses vignes et interpellé par la rixe s’approcha.

Nous pouvons nous poser la question des sanctions encourues par des archers laissant s’échapper leur prisonnier?

Toujours est-il que les hommes de loi, fous de rage et de désespoir se jetèrent sur Claude Soudé, le traitant de «sacré bougre de fripon» et menaçant de le tuer, le rendant responsable de l’évasion du prisonnier, sans que notre brave vigneron n’ait fait ou dit quoi que ce soit.

 

Archer au 18 éme siècle
Archers à cheval au 18 ème siècle

 

(Archers au 18ème siècle)

 

Les quatre hommes s’acharnèrent sur lui, le traînant par le collet, lui donnant «force coups de poings, d’epée nue» sur tout le corps, chassant les châtelains qui prenaient sa défense, les traitant de «bougre de chien», ce qui, aux dires des témoins, «causa une émotion populaire».

Parvenus à la maison de Claude Soudé, vers «l’hotellerye des Trois Roys», sa femme, ses deux filles et son fils accoururent pour tenter de le secourir. Ils furent eux-mêmes «maltraittez outrageusement» par les archers.

Pendant ce temps-là, deux individus de Fontaine-le-Port, identifiés plus tard sous les noms de Trouchard et Barthélémy Carssault, tous deux vignerons firent le tour des habitations proches, à la recherche de bâtons, serpes, pelles «pour tuer ces gens là», à savoir les archers.

La population s’affola, des femmes hurlèrent, beaucoup s’enfermèrent chez elles de peur d’être maltraitées.

A ce moment, trois ou quatre châtelains se décidèrent à prendre la défense de Claude Soudé et de sa famille. Munis de cognées et de pelles, ils attaquèrent les archers.

A ce stade la bataille faisant rage, les courageux témoins ne savaient plus qui donnait des coups, ni sur qui.

Toutefois, les quatre hommes furent grièvement blessés à la tête.

Soudain, un des archers, frappé à coups de pelle, tomba sur le tas de fumier devant la porte de Claude Soudé, la tête et le visage ensanglantés, ne pouvant se relever.

Un de ses compagnons tenta de le secourir, menaçant le village «qu’il s’en repentiroit».

Après avoir été transportés chez Louis Jacquemard, cabaretier, Le sieur François Bourgeois, chirurgien, juré Royal vint les visiter.

Ces hommes ayant perdu beaucoup de sang, notre chirurgien, fidèle aux coutumes de l’époque, ne trouva rien de mieux à faire que de les saigner à nouveau.

Nous pouvons, sans grand risque de se tromper, faire l’hypothèse que l’homme  ensanglanté, tombé sur le tas de fumier n’échappera pas à la mort.

En effet, le rapport du chirurgien concernant l’état du sieur Chevance, laisse peu de doute sur l’issue fatale. Pour se faire une idée de l’état critique dans lequel se trouvait cet individu, lisons une partie du rapport du chirurgien: «Claude Chevance le deuxième assistant lequel i’aye trouvé ayant de la fièvre avec des étourdissement et vomissement, très faible en conséquence d’une contusion que je luy ay trouvé derrière l’oreille droite qui avoit causé une commotion au cerveau avec une playe au visage sur la pophyse zigomatique de la longueur de deux travers de doigts et quattres autres contusions en different endroit sur les reins avec des douleurs partout le corps…».

Notons, qu’au moment de déposer plainte, les archers omirent de déclarer leurs propres voies de fait sur la personne de l’innocent Claude Soudé et de sa famille.

Cependant, ce dernier n’hésitera pas à porter plainte à son tour contre «les dits quidams» qui, par leur violence l’avaient mis «hors d’état de pouvoir vaquer à ses ouvrages».

Pour terminer, seuls les «nommez Trouchard et Barthélémy Carssault vignerons à Fontaine le port» seront accusés « d’avoir commis des exces…sur lesdits complaignans…d’avoir excitez une emotion populaire et d’en estre les auteurs».

Ils seront assignés à comparaître en la chambre criminelle de l’auditoire de la prévôté du Châtelet-en-Brie.

Nous n’avons pas à ce jour trouvé d’éléments concernant le verdict du procès, mais tout laisse à penser qu’un châtiment sévère sera infligé à ces fauteurs de troubles.

Peut-être seront-ils bannis, envoyés aux galères ou pendus haut et court aux fourches patibulaires à la sortie du Châtelet.

Nous ne savons pas non plus ce qu’il est advenu du fuyard, Antoine Leguay.

 

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