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Modifiée le 18/02/2015

L’AUDITOIRE DU CHÂTELET-EN-BRIE
UNE INSTANCE AUJOURD’HUI DISPARUE


L’Auditoire, une maison et une rue ayant porté ce nom ont existé au Châtelet-en-Brie voici quelques siècles.

Qu’est-ce qu’un auditoire ?

Il s’agit d’un lieu où l’on rendait la justice au nom du Roy ou du seigneur du lieu, pour des crimes, des délits ou tous litiges, petits ou grands, survenus sur tout le territoire concerné.

Pourquoi un auditoire au Châtelet et au nom de qui rendait-on la justice dans notre village ?

Nous savons que depuis 1314, Philippe IV le Bel, roi de France, avait fait don d’une partie de ses biens, aux Religieuses de Poissy, et leur avait octroyé le droit de haute, moyenne et basse justice sur tout le territoire du Châtelet.

C’est ainsi que prévôts, procureurs, huissiers, greffiers, se sont succédés au fil des siècles et jusqu’à la Révolution de 1789.

Ils traitèrent d’affaires de meurtres, ou de simples vols, avec beaucoup de sérieux, au nom des Dames de Poissy, Seigneurs du Châtelet-en-Brie.

Certains de ces faits sont parvenus jusqu’à nous et nous en avons déjà relaté quelques-uns dans nos précédents articles.

Durant une grande partie du XVIIIe siècle par exemple, c’est Jacques Pierre Guespereau prévôt du Châtelet qui jugea la plupart des affaires, assisté en cela par Michel Jean Bédassier qui fut tour à tour huissier, tabellion, procureur fiscal et notaire.

Notons au passage que ce dernier mourut le 11 mars 1751, trois jours après son épouse Marie Benoist, sage-femme. Ils furent tous deux inhumés dans la nef de l’église du Châtelet, comme l’étaient fréquemment les notables du village.

Vous remarquez les signatures de Guespereau et de Bédassier qui étaient apposées sur chaque acte.

 
(Archives départementales de Seine-et-Marne cote B94)

 

Ce sont ces magistrats, qui avaient la haute main sur le destin de certains de nos compatriotes.
Ils pouvaient décider de les envoyer aux galères, de les bannir, ou de les faire battre au carrefour principal du Châtelet devant l’auditoire.

Les condamnés étaient aussi marqués au fer rouge sur l’épaule droite, d’un « V » pour voleur, d’un « G » pour galères ou d’un « B » pour bannissement. Souvenons-nous seulement du verdict du procès rendu le 11 juillet 1741 par Jacques Pierre Guespereau, à l’encontre de Thomas Bunet.

Reconnu coupable du vol d’un mouton et néanmoins suspecté d’en avoir dérobé trois autres avec son complice, Thomas Bunet sera condamné « pour réparation a estre battu [… ?]de verges sur les épaules, au jour du marché dudit lieu du Chastelet par l’Exécuteur de la haute justice dans le principal carefour estant devant l’auditoire du mesme lieu du Chastelet et ensuitte fletry sur l’epaule droitte d’un fere chaud empreint de la lettre « V » et en outre banny pour trois ans du ressort de la prevoste du Chastelet ».

Où ? La maison de l’auditoire se trouvait-elle ?

 

Plan d’alignement de 1881
(Archives communales)

Elle se situait au 26, de l’actuelle rue de l’Hôtel de Ville, à l’angle de cette rue et de la rue Duroux.

On peut noter qu’au XIXe siècle, la rue Duroux se nommait rue de l’Auditoire.

La maison de l’auditoire appartenait alors à M. Simon Devien.

Était-il descendant de la même famille qu’un certain Jean Devien, maçon, dont nous parlerons plus loin ?

Mais revenons avant la Révolution, au temps où ce lieu était encore la propriété des Dames de Poissy et servait encore d’Auditoire.

C’était un bâtiment consistant en un rez-de-chaussée divisé en trois pièces : une chambre à feu, une grande pièce et une resserre.

Un 1er étage composé d’une grande et vaste pièce, et au-dessus du tout, un grenier.

C’est au rez-de-chaussée que devaient se tenir les audiences.

Nous en avons un plan précis datant du début du XVIIIe .siècle.

On constate que la pièce du centre était celle où se tenaient les audiences. Il s’agit de l’auditoire proprement dit, mesurant environ 24 pieds sur 20, soit 7,80 mètres sur 6,50.

De part et d’autre, se trouvaient, la chambre des geôliers où devaient attendre les prévenus avant l’audience, et la chambre civile où patientaient les plaignants.

 
 
Plan de la maison de l’Auditoire
(Archives des Yvelines cote 73H76)
 

Un acte du 21 octobre 1754, nous indique que cette maison qui a été occupée gratuitement par feu le sieur Bédassier durant plus de 25 ans, avait été désertée par celui-ci par crainte de « la chutte de laditte maison… ».

«… Et Touttes les réparations, Tant Grosses que Locatives Estoient Toujours Tombés a la charge des dames du Châtellet …».

Le sieur Jean Devien, maçon, qui désirait occuper cette maison offrit d’effectuer à ses frais et dépens, toutes les réparations et d’en fournir tous les matériaux nécessaires.

« madame L’abbesse de Poissy a la bonté de Le luy Laisser occuper pendant un Bail de Neuf ans » gratuitement. Mais après ce temps il l’occupera moyennant un loyer dont l’abbesse en conviendra alors.

Ces réparations étaient très importantes puisqu’on envisagea un moment la démolition de ce bâtiment.

On doit sa sauvegarde à l’expertise de Jean Devien qui en garantît la solidité.

Après la Révolution de 1789, cette maison de l’auditoire sera vendue aux enchères, au titre de la vente des Biens nationaux du clergé et de la noblesse. La vente s’effectua au district de Melun.
C’est le citoyen Mercier qui en fit l’acquisition le 22 juillet 1791, au nom de la municipalité du Châtelet en présence de 15 habitants de notre village dont 6 enchérisseurs.

Mais après de vives protestations, du citoyen Charpentier qui la louait à cette époque, et du citoyen Lemerle qui voulut l’acquérir 3 ans plus tard, jugeant que la vente au citoyen Mercier était illégale, il fallut 8 ans de tractations et de palabres entre les plaignants et les plus hautes autorités de l’État pour parvenir à trouver une solution.

C’est au final, le président du Directoire exécutif, Barras, le secrétaire général Lagarde et le ministre des Finances, Durame qui, le 3 thermidor de l’An 7 (23 mars 1799), s’appuyant sur le décret du 25 prairial An 6, confirmant la validité de cette maison au citoyen Lemerle, se prononcèrent en faveur de ce dernier.

Cette affaire qui avait eu lieu dans notre village, qui avait mis en difficulté durant huit ans notre jeune République qui avait besoin de s’accoutumer à ces nouvelles lois.

 

(Archives départementales de Seine-et-Marne cote 1Q1088)

 

Nous pouvons noter sur le plan d’alignement de 1881, qu’après la Révolution, la Justice de paix changea de lieu, puisqu’elle se situe au sein même du bâtiment de la Mairie.

Les jugements seront rendus par un Juge de paix à cet endroit jusqu’en 1958.

La maison de l’auditoire connut tout au long du XIXe siècle plusieurs propriétaires et différents commerces s’installèrent au rez-de-chaussée tout au long du XXe siècle.

 
(Collection SHCB 2012)
 

Il y eut notamment une charcuterie durant plusieurs décennies.
« Au bon Saint-Antoine »

 

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